Test Technique : la double exposition

Test Technique

Je vous propose aujourd’hui le premier article d’une longue série, il s’agit des « Tests Techniques ».

Le principe est simple, je m’attaque frontalement à une technique de prise de vue et/ou de montage que je ne connais pas, dans une durée limitée d’un jour, et je partage avec vous mon expérience, et ce que j’en ressors en terme d’astuces et de conseils selon ce qui a fonctionné ou pas.

Nous attaquons aujourd’hui avec la double exposition.

La double exposition (double exposure en anglais) est un principe photographique permettant d’exposer deux fois le même film pour obtenir un mélange entre deux images différentes. Le choix de chaque photo est très important car cette « surimpression » s’obtiendra grâce à des images fortement contrastées (visage avec ombre marquée, paysage sombre avec ciel blanc, etc…)

Possemiers-1920Possemiers-1920

SI la technique est propre à l’argentique, c’est bien l’air du numérique qui a su redorer le blason de la double exposition. Que ce soit à l’aide de logiciels de photomontages tel que le fameux Photoshop, ou bien par l’intermédiaire des boîtiers Reflex (tel que le Canon 5D Mark III) qui proposent directement cette option dès la prise de vue. Les photos du genre foisonnent un peu partout sur internet depuis maintenant quelques années.

SARA PHOTOGRAPHY fearless awardSara Photography (prix fearless award), double exposition faite via un Canon 5D Mark III.

Mais ce qui va nous intéresser ici c’est évidemment l’usage de cette technique pour la vidéo. Et s’il y a un réalisateur qui a su démocratiser cette pratique c’est bien Patrick Clair à qui l’on doit le magnifique opening credits de la série True Detective.

HBO’s True Detective – Main Title Sequence from Patrick Clair on Vimeo.

Ne nous le cachons pas, cette vidéo sera, et ce comme pour beaucoup d’autres vidéastes, notre principale source d’inspiration.

Donc de quoi a ton besoin pour obtenir un résultat similaire ?

  1. En premier lieu il nous faut un fond vert qui nous servira à filmer la ou les personnes souhaitées (n’ayant pas d’acteur ou d’actrice sous la main, ici ça sera moi). Cela nous servira ensuite une fois en post production à obtenir un masque Alpha tiré de leurs silhouettes. Il est très important de noter qu’il faut soigner au maximum vos prises de vues sur fond vert sans quoi tout le reste du projet sera infaisable. De ce fait j’ai utilisé 4 mandarines, 2 pour éclairer le fond vert, une pour éclairer le sujet et obtenir un rendu « clair-obscur », et la dernière en contre pour détacher le sujet du fond. Si jamais vous n’avez pas d’éclairage chez vous, préférez alors la lumière naturelle en faisant cette partie du tournage en extérieur (un jour nuageux étant le mieux, car la lumière y est très diffuse ce qui évite les ombres sur le fond vert).
  2. Une fois votre fond vert et votre sujet bien éclairés vous pouvez commencer les prises de vues. Alors des différents tests que j’ai pu effectuer j’en retiens qu’il est important que le sujet reste le plus statique possible (de simple mouvement de visage ou de buste assez lent si possible). A favoriser également des vêtements sombres selon les effets recherchés, cela appuiera encore le contraste de votre image. Si jamais vous êtes équipés pour (ce qui n’était pas mon cas ici) essayer de filmer avec une grande cadence d’images (minimum 60fps) ce qui vous permettra par la suite de faire des ralentis et donc de mieux gérer les mouvements de votre sujet pour y incorporer vos éléments visuels.
  3. Les éléments visuels justement. Là c’est aux goûts de chacun, mais ce qui fonctionne le mieux pour arriver à créer des visages recomposés avec d’autres objets ou textures, c’est de filmer des éléments sur fond blanc ou fond noir. Dans l’exemple du générique de True Detective, nous avons des usines composées d’un bas d’image sombre avec un ciel bien blanc ce qui permet de les incorporer au mieux à notre composition. Ici j’ai fait avec les moyens du bord, et j’ai donc filmé du papier prenant feu avec un diaphragme très fermé ce qui m’a permis d’avoir un fond bien noir et beaucoup de détails sur la texture du feu. J’ai également filmé de la pluie de nuit devant un lampadaire, pour faire ressortir les gouttes d’eau du noir du ciel. J’ai ensuite filmé de l’encre dans un verre d’eau rétro éclairé à l’aide d’une mandarine, puis de la fumée provenant d’un bâton d’encens, dans le noir avec un éclairage pour faire ressortir la texture de cette dernière.
  4. Maintenant place à la post production. De ce coté là je ne vais pas rentrer dans les détails techniques mais vous donner les quelques conseils et astuces que j’ai retiré de mon expérience. Pour rendre le tout organique et cohérent n’hésitez pas à rajouter du grain sur vos différentes prises de vues (surtout sur les visages) cela permettra de gommer un peu le coté numérique selon la caméra utilisée (ici un Canon EOS 600D). Bien travailler votre incrustation et l’incorporation de vos différents éléments visuels est important, mais travailler le fond l’est tout autant ! Ne laissez pas un blanc ou un noir uni, et pensez à y rajouter des textures de poussières, de brûlures de pellicules etc…, et à les animer pour créer un espace 3D (c’est d’ailleurs ce qui manque à mon essai faute de temps après la journée de travail). Vous pouvez aussi ajouter une texture de papier et une lumière 3D, ce qui rend également le tout moins lisse et impersonnel.

Après ces différentes étapes voici le résultat en une journée de travail, tournage et montage compris (attention c’est court).

Pour un premier test fait en une journée je suis plutôt satisfait du résultat. Tout de même si je pouvais revenir en arrière j’opterais pour une prise de vue en 60 fps (ici non possible en 1080p avec le Canon EOS 600d) pour pouvoir effectuer des ralentis fluides sur les différents éléments visuels. En effet je trouve que ces derniers rendent quelque chose de peut être trop agressif (surtout le test sur fond noir) et j’aurais aimé pouvoir contrôler cela. Faute de temps je n’ai pas pu travailler plus en détail sur le fond en y ajoutant des petites textures de poussière, et en les animant, ce qui sur le résultat final manque assez je trouve. J’en retiens également qu’il faut savoir ne pas en faire trop et bien gérer l’incorporation des différents visuels (la fumée sur le deuxième test est peut être trop présente). Pour ce qui est de la partie prise de vue, j’aurais également du forcer un peu plus sur l’esthétique claire obscure de ma lumière pour obtenir une image beaucoup plus contrastée et donc plus apte à la double exposition.

Voilà pour cet article sur la double exposition. Je le mettrais à jour au fur et à mesure de mes différents essais, et je vous donne rendez vous prochainement pour un usage concret de cette technique dans le cadre d’un futur projet professionnel courant août-septembre.

Et à très vite pour un autre « Test Technique ».